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Former aux droits humains pour défendre l’espace civique.

L’éducation aux droits humains a fait l’objet de différentes recommandations internationales aussi bien par le Conseil de l’Europe (2010), l’ONU (2011) ou encore l’UNESCO (2023). Cet objectif se retrouve dans le code de l’éducation avec « une formation à la connaissance et au respect des droits de la personne » (article L.121-1). Nous souhaitons souligner que cette éducation aux droits humains devrait être davantage orientée vers le renforcement de « l’espace civique ».

La formation aux droits dans un contexte de rétrécissement de l’espace civique.

L’ONU définit l’espace civique comme « l’environnement qui permet à la société civile de jouer un rôle dans la vie politique, économique et sociale de nos sociétés ». Dans un avis de 2025, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) ajoute : «  La pérennité et l’intégrité de l’espace civique sont garanties par un ensemble de droits et de libertés, qui permettent aux citoyennes et citoyens de s’exprimer librement, de se rassembler pacifiquement, de s’organiser en associations ou en mouvements, de débattre, de proposer. C’est dans cet espace que naissent les mobilisations sociales, que se forgent les contre-pouvoirs, que s’épanouissent les voix de la société civile ». Or les organisations de défense des droits humains mettent en lumière depuis ces dernières années un rétrécissement et des atteintes à l’espace civique : « Sans en dresser un panorama exhaustif, on peut évoquer en particulier la stigmatisation récurrente des défenseurs des droits, les atteintes à la liberté académique et la pression qu’exercent plusieurs groupes d’intérêts, y compris sur les revendications syndicales et professionnelles » (CNCDH, 2025). Les défenseurs des droits désigne toute personne qui œuvre à défendre pacifiquement les droits humains, y compris par leur enseignement (Déclaration de l’ONU de 1998). Les libertés académiques sont relatives à la liberté d’enseignement et de recherche dans le supérieur (loi de 2020).

Quel rôle pour l’école ?

Comme nous l’avons rappelé, l’école joue un rôle reconnu dans l’éducation aux droits humains. Mais, il nous semble que ce rôle pourrait être accentué pour défendre l’espace civique.

Le socle commun de connaissances, de compétences et de culture met en avant que les élèves doivent connaître le contenu d’un certain nombre de textes tels que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ou encore la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) de 1948 ou encore la Convention international des droits de l’enfant (1989). Cela implique une connaissance des droits civils. Ces droits civils comprennent la liberté d’expression, mais aussi le droit de manifestation, dont de nombreuses ONG de défense des droits humains ont souligné des atteintes, dans des rapports, ces dernières années. On peut à cet égard mettre en lumière le Guide du droit de manifester des moins de 18 ans réalisé par l’ONG Amnesty International.

L’école devrait jouer un plus grand rôle dans la connaissance des droits sociaux qui sont présentés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme en particulier les droits relatifs au travail. Pour préserver et renforcer l’espace civique, il est important de souligner le rôle des organisations syndicales. En effet, la DUDH dispose que : « Article 23-4. Toute personne a le droit de fonder avec d’autres des syndicats et de s’affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts ». Le Pacte de 1966 sur les droits économiques et sociaux ajoute « le droit de grève ». Ce droit est également intégré en France au bloc de constitutionnalité par l’intermédiaire du préambule de la Constitution de 1946.

Les droits humains comprennent également les droits de la troisième et de la quatrième génération qui comprennent entre autres les droits relatifs à la défense de l’environnement. Là encore, tout comme il peut être pertinent de sensibiliser les élèves à la notion de « défenseur ou défense des droits humains », il peut être pertinent de mettre en lumière le rôle et les droits des « défenseurs et défenseuses de l’environnement » au sein de l’espace civique.

Mais, la préservation et le renforcement de l’espace civique ne passe pas que par une connaissance théorique de certains concepts et de certains droits. L’école, mais également le secteur de l’éducation populaire, peut en outre favoriser, par l’intermédiaire du droit d’association, la mise en œuvre d’une formation à la participation à l’espace civique. En effet, tout élève de plus de 16 ans peut créer et gérer une association, et tout lycéen peut adhérer à une association de l’établissement. Cela pourrait ainsi passer par une meilleure promotion du syndicalisme lycéen, par exemple avec la création d’un portail numérique dédié au syndicalisme lycéen et des campagnes de promotion du syndicalisme. Il semble que l’on soit bien en peine de trouver des informations sur le syndicalisme lycéen sur les sites officiels de l’éducation nationale. En effet, le syndicalisme joue un rôle central dans l’espace civique à la fois par la défense des droits humains économiques et sociaux, mais également par son rôle de contre-pouvoir, entre autres à travers l’organisation de grèves et de manifestations.

La formation initiale des enseignants et des enseignantes pourrait ainsi accorder une place plus importante à l’éducation aux droits humains orienté vers la préservation et le renforcement de l’espace civique. Cette éducation ne doit pas être que théorique, mais elle doit être également pratique en donnant la possibilité aux jeunes de s’engager dans l’espace civique en tant qu’espace de contre-pouvoir démocratique.

Irène Pereira
Irène Pereira

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Irène Pereira (22 août 2026). Former aux droits humains pour défendre l’espace civique. Les cahiers de pédagogies radicales. Consulté le 11 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16oit


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